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Les caisses du Muséum sont vides et percées

mercredi 15 juillet 2026

Un budget rectificatif n°1 pour 2026 a été soumis à l’avis du conseil d’administration (CA) du 2 juillet dernier. Celui-ci a fait apparaître un déficit à venir de 30 millions d’euros. Les caisses de l’établissement sont vides et percées. Les mesures gouvernementales sans rallonge financière ainsi que la politique de la présidence du Muséum en sont la cause.

A l’occasion de cette séance, le SNIRS CFE-CGC Muséum a effectué une déclaration afin de faire entendre aux représentants des ministères de tutelle et à la présidence du Muséum la voix des personnels et leur volonté de défendre le Muséum dans l’intégralité et l’équilibre de ses missions.

Le SNIRS CFE-CGC Muséum a tenu, une fois encore, à exprimer sa très grande inquiétude par rapport à la situation du Muséum qui a conduit à ce budget rectificatif. Notre inquiétude concerne l’établissement bien sûr, mais aussi ses personnels. Ce qui est en jeu ce ne sont pas seulement des chiffres, ce qui est en péril ce sont les missions, celles que la nation nous a confiées, mais aussi les compétences, celles exercées par les agents, et les emplois, ceux du personnel.

À de multiples occasions au cours des années nous avons tenté d’alerter nos tutelles et les directions successives de l’établissement sur la dégradation de multiples indicateurs. En vain, à l’évidence, puisque :
 le soutien des tutelles s’est fait de plus en plus parcimonieux alors même que les coûts généraux et les transferts de charges de l’État vers l’établissement ont augmenté ;
 faute d’investissement à temps, l’ensemble du patrimoine immobilier a continué de se dégrader alors même que l’État continue d’augmenter ses impératifs de mise aux normes ;
 l’externalisation des métiers du Muséum, le recours à l’emploi contractuel précaire et aux marchés publics sont devenus la règle ;
 la part des ressources consacrées par l’établissement à la recherche n’a fait que se réduire, alors même que le montant des ressources générées par les enseignants-chercheurs et les chercheurs augmentait de manière sensible, au point de représenter 44 % du montant total des ressources propres inscrites à ce budget 2026 ;
 des espaces de visite des parcours permanents qui sont de plus en plus dégradés, la GGE semble bloquée dans son discours à la décennie de son ouverture, les agents de sécurité ne sont pas en nombre suffisant pour assurer la sécurité des collections exposées ;
 enfin, l’infrastructure informatique a nécessité un plan de sauvetage conséquent, que nous avons soutenu, mais dont la cyberattaque est venue nous montrer les limites.

Comment se fait-il que nous en soyons arrivés là ?

Le premier élément de réponse est sans conteste le mode de gestion et de décision hypercentralisé de l’établissement. L’hôtel de Magny est devenu à la fois le centre, le moyen et le principe du Muséum. Cette hypercentralisation se fonde une image théorique de ce qu’est le Muséum, mais qui, d’années en années, s’éloigne de plus en plus de la réalité de l’établissement qui ne se réduit pas à des documents comptables, des entassements de procédures et de notes de service.

Un autre levier a été le peu d’intérêt et de compréhension de ce qu’est le Muséum par nos tutelles qui ont aussi favorisé cette gestion hypercentralisée. Un acte majeur des tutelles, par exemple, a été d’engager à la légère le Muséum dans le catastrophique mode de financement de la rénovation du parc zoologique. La conséquence a été qu’une part non négligeable de la subvention sert maintenant à payer nos dettes. Nous notons d’ailleurs que la subvention pour charge de service public versée par le ministère de l’Enseignement supérieur est d’une stabilité qui ne rend pas compte des transferts de charges que ce même ministère opère en direction de l’établissement, ni même de l’augmentation des coûts et des évolutions structurelles de la masse salariale.

Mais le peu d’implication des tutelles est à proportion de l’incapacité du Muséum à faire partager avec ces mêmes tutelles ce qu’il est vraiment. Cela fait un peu plus d’une vingtaine d’années que le Muséum ne propose pas de véritable projet d’établissement, c’est-à-dire de projet partagé par les forces vives. L’échec du Projet scientifique et culturel de 2022 est symptomatique : sa préparation n’a reposé sur aucune dynamique interne et le document produit oscille entre platitudes et lieux commun. Depuis des années, les seuls projets qui nous ont été présentés, puis imposés, ont été des reconfigurations administratives de l’établissement avec pour conséquences de lui faire perdre le sens de ses missions fondamentales et des dégâts importants chez les personnels, y compris chez les cadres. La recherche et les collections qui structuraient l’ensemble et s’exprimaient dans la politique de diffusion sont devenus accessoires. Le système n’a aujourd’hui pour seules boussoles que l’externalisation et la conformité administrative et budgétaire, c’est-à-dire une vision purement technicienne de l’institution. Cette logique est devenue le but, la mesure et le moyen de toute action au détriment des missions fondamentales qui, seules, justifient l’action et la pérennité du Muséum. Mais, à l’évidence, les chiffres qui nous ont été présentés démontrent que les virtuoses de l’administration comptable de la science ont atteint leurs limites alors même qu’ils sont à l’œuvre depuis de nombreuses années. Ils ont accru en permanence leur domaine d’intervention tout en se révélant incapables de fédérer les énergies et les compétences. En quelques années le Muséum a perdu le sens du collectif au profit d’une addition de logiques de services et de destins individuels. Par nature transversal, le Muséum est devenu une collection de silos. La triste aventure du dossier de transfert à Dijon des collections en est un exemple. On pourrait aussi considérer de la même façon la récente tribune publiée par Le Monde, dont la maigre liste de signataires fait la part belle à la technostructure de la science. Dans un cas comme dans l’autre, ce ne sont pas des projets qui se veulent collectifs, juste des opérations tombant du ciel.

Et que nous propose-t-on aujourd’hui ? De faire la démonstration que l’on peut réduire les actions, réduire la masse salariale, transférer toujours plus de nos compétences à d’autres, décourager un peu plus les agents. Et ensuite ? Nous dirons comme Bourvil en constatant le désastre "Il va marcher beaucoup moins bien, forcément".

Ce dont le Muséum a besoin ce n’est pas de l’entre-soi financier du Codir de l’hôtel de Magny, ni de discussions sous contrôle au sein du CA. Il serait inacceptable que des choix soient faits de façon autocratique entre virtuoses (sic) de la comptabilité publique, d’ici ou d’ailleurs, alors que la situation actuelle met en danger l’identité même de l’établissement. Le Muséum a besoin de construire collectivement son avenir, de mobiliser l’ensemble de ses personnels et de ses missions. C’est ce que tous les acteurs du Muséum (personnels, visiteurs, partenaires) sont en droit d’attendre et attendent depuis trop longtemps.

Le SNIRS CFE-CGC Muséum :

 Refuse en tant qu’administrateur le principe d’un blanc-seing accordé par avance à la présidence et aux tutelles sur les décisions qui seront prises. Le débat d’orientation budgétaire a été retiré de l’ordre du jour de notre CA. Nous refusons de renoncer à l’exercice du mandat qui nous a été confié par les personnels alors même que ceux-ci risquent d’être les premières victimes des décisions à venir. Nous demandons que les questions budgétaires et les choix éventuellement pris soient discutés d’abord au sein des instances de l’établissement.
 Appelle la présidence du Muséum à faire les choses dans l’ordre, c’est-à-dire à faire de la situation actuelle l’occasion d’un véritable dialogue social pour construire puis défendre un projet commun.

En complément de cette déclaration le SNIRS CFE-CGC a demandé que les administrateurs disposent systématiquement de tableaux indiquant la part réelle du financement de la recherche au sein du Muséum, avec le détail des moyens financiers accordés aux unités mixtes de recherche (UMR). Quelle est en effet l’ampleur du désastre sans le soutien financier des acteurs de la recherche à l’administration de l’établissement ? Il y a quelques années encore, ces détails étaient fournis au CA.